Enquête

Média citoyen marocain

Zakaria
remonte
sur le ring

Péripéties
d'un champion
de boxe

Zakaria Moumni est un boxeur né le 4 février 1980 à Rabat, sacré en 1999 à Malte champion du monde de Kick-boxing (light-contact), une discipline de la boxe thaïlandaise.

En 2010, accusé d’ « escroquerie » et d’« usurpation de titre », il est appréhendé à l’aéroport de Rabat. À l’issue d’un procès qu’il dénonce, il est condamné à 30 mois de prison ferme. Il bénéficie d’une grâce royale au bout de 18 mois. À sa sortie, Il accuse les autorités marocaines de l’avoir torturé pendant 4 jours au centre de Témara. Zakaria Moumni est depuis 2010, et plus encore depuis sa plainte portée le 21 février 2014 contre le chef de la DGST marocaine Abdellatif Hammouchi, au cœur d'une affaire judiciaire qui a provoqué une brouille diplomatique entre Paris et Rabat.

Cette timeline est une restitution des évènements d'octobre 1999 à aujourd'hui, et inclut des parties d'articles de Mamfakinch et d'autres médias, ainsi que les documents qui y sont liés.

Omar Radi
et la rédaction
de Mamfakinch



I. Réclamer un droit

31 octobre 1999

Championnat de boxe
de Malte

World Kickboxing Association
Classements aux championnats mondiaux de Kick-boxing à Malte, 1999
« Results of the world championships 1999 in light contact kickboxing in Malta »

Zakaria décroche le titre de champion du monde de light contact kick-boxing moins de 68 kg senior à Malte1, devenant ainsi le premier champion du monde marocain du règne de Mohammed VI.

Il s'illustre en 1999 en remportant à Malte, sous les couleurs marocaines le championnat du monde WKA de Kick-boxing (Light-Contact) sénior -68 kg. Il est alors le seul marocain et le seul ressortissant du monde arabe et africain à se hisser à ce niveau dans ce championnat du monde sénior, comme en témoigne le classement mondial2. et le plus jeune car il avait que 19 ans.

Classements aux championnats mondiaux de Kick-boxing à Malte, 1999
Wikipedia

Il demande à son retour au Maroc l'application du décret royal qui donne le droit à chaque sportif marocain titré champion du monde d'avoir un poste de conseiller sportif auprès du Ministère de la jeunesse et des sports marocain, sans obtenir de réponse.

Janvier 2006

Entretien avec Mounir Majidi

Un boxeur déplaît au secrétaire du roi du Maroc, il finit en prison,
Le Nouvel Obs

Champion du monde, Zakaria Moumni tente de faire valoir son droit à accéder au poste de conseiller sportif auprès du Ministère de la jeunesse et des sports marocain, conformément aux termes du dahir royal no 1194-66 du 9 mars 1967. Le Dahir en question dispose en effet que les ressortissants marocains ayant remporté un titre de champion du monde pourraient prétendre à ce poste. Ce poste lui est refusé mais, devant son insistance, en 2006, le roi lui fait octroyer deux licences de taxi, l’une à son nom, l’autre à celui de son père. Zakaria Moumni accepte les deux grimates mais continue à réclamer son poste de fonctionnaire. En janvier 2010, il manifeste devant la résidence royale de Betz, en région parisienne, avant de se faire interpeller par la police.

Zakaria Moumni déchire son passeport marocain sur un plateau télé, RifOnline

Il s'illustre en 1999 en remportant à Malte, sous les couleurs marocaines le championnat du monde WKA de Kick-boxing (Light-Contact) sénior -68 kg. Il est alors le seul marocain et le seul ressortissant du monde arabe et africain à se hisser à ce niveau dans ce championnat du monde sénior, comme en témoigne le classement mondial2. et le plus jeune car il avait que 19 ans. Il demande à son retour au Maroc l'application du décret royal qui donne le droit à chaque sportif marocain titré champion du monde d'avoir un poste de conseiller sportif auprès du Ministère de la jeunesse et des sports marocain, sans obtenir de réponse.

16 mai 2008

Mariage de Zakaria et Taline à Paris

1er novembre 2008

Zakaria est vainqueur
du championnat international d'ultimate fighting à Amsterdam

25 janvier 2010

Manifestation devant la résidence privée de Mohammed VI à Betz dans l'Oise (France)

Manifestation devant la propriété du roi Mohammed VI à Betz


Bladi.net

Ce rassemblement qui ne devrait réunir que quelques personnes est organisé à l’appel du Collectif pour la dénonciation de la dictature au Maroc, rapporte le journal Le Parisien. En plus de Zakaria Moumni, le journaliste Ali Lmrabet est également attendu sur place.

Ce collectif profite de la diffusion ce soir du documentaire « Roi de Maroc, le règne du secret » sur la chaîne France 3 pour se faire entendre.

Dans le passé, une manifestation du même type avait été interdite par la préfecture de l’Oise par crainte de troubles à l’ordre public.

12 et 15 février 2010

Arrestation et interrogatoire à l'aéroport de Casablanca par des agents de la DGST en civil.

Zakaria Moumni, condamné pour avoir voulu parler au Roi


Bladi.net

27 septembre 2010

Enlèvement et torture au centre de détention de Témara

26. Zakaria Moumni enlevé à l'aéroport de Rabat
LeDesk.ma

Enlèvement à l'aéroport de Rabat par quatre agents de la DGST marocaine en civil, puis séquestration et torture durant quatre jours dans le centre de Témara. Incarcération dans les prisons de Zaki Salé et Rommani.

« Enlevé en 2010 à l’aéroport de Rabat par des agents de la DST, la police politique marocaine, séquestré puis torturé pendant plusieurs jours au centre de détention secret de Témara (transféré depuis à Aïn Aouda grâce à une aide financière étasunienne), condamné sans preuves dans un procès sans accusés ni témoins, il a été finalement libéré en 2012 après 18 mois de prison et un long calvaire. »

“There is no worse feeling than this hopelessness of being blindfolded and handcuffed naked without being able to control anything,”
said Mr. Moumni, 34, who spoke from Paris, where he now lives.
“They told me that I was in a slaughterhouse and that I was going to leave in small pieces.”




  Zakaria Moumni
Enlevé et torturé pour avoir réclamé un droit
    27.10.2010

 Fiche Masaktinch 

40° 44′ 54″ N
73° 59′ 8″ W


II. Le centre de détention
secret de Témara



Extrait de l'article de « Témara, le centre de torture du Maroc », SlateAfrique
— Ali Amar

Tazmamart existe toujours, mais en plein Rabat. Le centre de DST à Témara avait depuis quelques années une sinistre réputation en matière de torture et de sévices en tous genres. En plus des islamistes marocains, on dit que la torture de dizaines de personnes d’autres nationalités a été sous-traités à ce centre.

Mehdi El Meliani, Mehdi Boukiou, Bouchta Charef, Anas Lakhnichi, et des centaines, voire des milliers d’autres ont eu droit à un passage au centre de Témara. Dans l’illégalité la plus totale, ils ont passé des dizaines de jours, des mois même, à répondre à des interrogatoires sans fin, à subir des tortures atroces et indescriptibles.

Mamfakinch révèle aujourd’hui le lieu exact de ce centre.

Surprise, le centre ne se situe pas à Témara, mais bien à Rabat. Il est mitoyen à la frontière entre les deux préfectures, mais du coté de la capitale. Le centre est entouré d’une épaisse forêt et entouré par une double clôture. Beaucoup de détenus dans le centre affirmaient entendre des sons d’animaux sauvages la nuit ou à l’aube. Le zoo de Témara (maintenant investi par les blocs de bétons d’Addoha) n’est qu’à 3 Km à vol d’oiseau du centre.

Pour accéder au centre, l’itinéraire est relativement facile. A partir d’Aswak Salam, situé sur la rocade de Rabat (reliant l’autoroute de Casa-Rabat à celle de Rabat-Fès-Tanger), se diriger vers Témara en empruntant l’avenue Mehdi Ben Barka (!). Tourner ensuite à gauche, en prenant l’Avenue Ailanthus, et se diriger tout droit en suivant la rue bordée par la forêt. 1 Km plus loin, vous y êtes!

Document
Sénat américain
Un rapport accablant sur les tortures
menées par la CIA


Consulter / télécharger — Mamfakinch Data

La commission du renseignement du Sénat, a rendu public un rapport inédit visant à faire la lumière sur le programme secret de torture de la CIA qui concernait des personnes suspectées de sympathie avec l'organisation terroriste Al Quaida au lendemain des attentats du 11 septembre.

Fruit de trois années de travail, le rapport original publié en avril 2014 par la CIA compte 6.000 pages mais seul un résumé est accessible au grand public.

Les donées sensibles comme les noms des agents (américains et étrangers) ayant participé aux séances de torture ou des pays ayant accepté de sous-traiter les interrogatoires musclés ont été expurgées. Dans la synthése de 525 pages, la commission du renseignement y détaille le fonctionnement des «sites noirs» ou prisons secrétes américaines délocalisées dans plusieurs pays.

2008: Le bagne localisé via Google Earth

Le bloggeur et juriste Ibn Kafka en a fait le sombre décryptage. Dans une vidéo utilisant la technologie satellitaire Google Earth, Mamfakinch, un Citizen media créé dans le contexte du «printemps arabe» et qui s’inspire dans sa démarche des Anonymous, en révèle la localisation exacte.

2009: Extension
du bâtiment

La commission du renseignement du Sénat, a rendu public un rapport inédit visant à faire la lumière sur le programme secret de torture de la CIA qui concernait des personnes suspectées de sympathie avec l'organisation terroriste Al Quaida au lendemain des attentats du 11 septembre.

Fruit de trois années de travail, le rapport original publié en avril 2014 par la CIA compte 6.000 pages mais seul un résumé est accessible au grand public.

Septembre 2011: installation d'un aérodome

«Des fonctionnaires conduisent la personne interpellée à bord d’une voiture banalisée (comme dans les années 70). Parfois même, les agents DST les brutalisent avant de leur bander les yeux et de les emmener vers un lieu inconnu (…). Outre les sévices que subissent les détenus, il y a surtout les menaces de viol auprès de leurs épouses et autres abus sexuels dont ils sont victimes sur place», avait rapporté l’ONG, qui exhortait le Maroc à «reconnaître les agissements de la DST et à enquêter sur les agissement des agents concernés».

Décembre 2011: Satelittes

Le complexe de Témara –officiellement siège de la Direction de la sécurité du territoire (DST, rebaptisée DGST depuis 2003)–, «n’est pas seulement un simple complexe de bureaux. Il est étalé sur plusieurs hectares où sont installées des antennes satellitaires. On peut remarquer également d’autres types d’antennes et même une sorte de route à deux voies qui peut permettre l’atterrissage de petits avions, genre Cessna»

Les noms des sites et des pays hôtes ont été remplacés par des codes couleurs mais des médias américains comme le «Washington Post» ou «The Intercept» ont réussi à établir une correspondance entre les centres secrets et les pays en cause.

Sur les 54 pays qui ont ouvert les portes de leurs prisons aux agents de la CIA, trois pays arabes, le Maroc, la Libye et l'Egypte sont mentionnés. Ils ont, selon cette source, facilité l'arrestation, le transit, la détention de suspects et surtout la torture.

Plusieurs de ces sites noirs furent le théâtre de méthodes d'interrogatoire brutales où les détenus étaient jetés contre les murs, dénudés, placés dans des bains glacés, et empêchés de dormir pendant des périodes allant jusqu'à 180 heures, soit 7 jours d'affilée.

Au total, ce ne sont pas moins de 119 détenus qui ont été capturés et emprisonnés dans le cadre des procédures dites «d'extraordinary rendition» avec la participation active d'autres pays.

Privacy International a par ailleurs constaté la multiplication des interdictions des activités organisées par les ONG en 2014. Nous avons nous-mêmes été confrontés à ce nouveau problème.Les deux ateliers organisés par notre partenaire local, et que nous parrainions, ont ainsi dû être déplacés à la dernière minute suite à des pressions de la police sur les gérants des salles que nous avions louées. Ces salles se trouvaient au demeurant dans des hôtels appartenant à des chaînes internationales.

De précédentes révélations avaient déjà mis en lumière l’achat en 2011 par le gouvernement marocain des infrastructures de surveillance Eagle pour une valeur de 2 millions d’euros. Eagle permet au gouvernement de censurer Internet et de surveiller le traffic Internet, en utilisant une technologie nommée Deep Packet Inspection. Eagle a été vendu au Maroc par Amesys Bull, une entreprise française tristement célèbre pour avoir vendu une technologie du même type à la Lybie, alors sous le régime du colonel Kadhafi.

Matt Apuzzo and Adam Goldman, "To keep program secret, CIA whisked 9/11 figures from Gitmo before court ruling,"
Associated Press
6 août 2010

The Associated Press reported in August 2010[4] that, according to several current and former American officials, the US government possesses video and audio recordings of Ramzi Binalshibh, an accused plotter of the September 11, 2001 attacks being interrogated in a secret prison . The US officials told the AP that the prison was run by Moroccans but largely financed by the CIA, which in late 2002 handed Binalshibh over to Moroccan custody and kept him there for five months.

The Moroccan government has never acknowledged the facility's existence, despite allegations by freed Guantanamo detainee Binyam Mohamed[5] Temara interrogation centre and others that the CIA relied on Morocco as a secret proxy detention site during the period after September 11, 2001.

Le cas de Ali Arrass

[Ali Arrass] qui clame son innocence depuis son arrestation en avril 2008 à Melilla par la police espagnole, suite à un mandat d’arrêt international émis par le Maroc, avait été extradé vers son pays d’origine le 17 décembre 2010, malgré l’opposition du comité des droits de l’homme de l’ONU.

Ali Aarrass affirme avoir signé des aveux sous la torture et sans l’assistance d’un interprète, alors qu’il ne parle ni ne comprend l’arabe d’après sa sœur Farida Aarrass.

Accusé de trafic d’armes pour le compte de la cellule terroriste d’Abdelkader Belliraj, Ali Aarrass serait une victime dans cette affaire selon son avocat Me Lahcen Dadsi, qui dénonce "des vices de forme" flagrants dans le dossier de son client.

Ali Aarrass, histoire d’un Belgo-Marocain dans les geôles de Mohammed VI : entre désespoir et oubli…
Interview avec Farida Aarrass

Êtes-vous en mesure de me décrire les tortures qu’il a subies ?

Je peux vous les dire… J’ai appris à apprivoiser mes sentiments et mes angoisses par rapport à ça…

Ali m’a expliqué qu’il avait été pendu pendant des heures, par les poignets. Ça fait déjà très très mal, mais, en plus, ils le frappaient. Ali m’a dit qu’ils étaient seize autour de lui, à le frapper comme des fous.

Ils le frappaient aussi sur les pieds. Ils l’ont aussi écartelé en le tirant par les bras et les jambes, comme s’ils voulaient le démembrer.

Ils ont simulé des noyades, de manière répétitive : chaque fois qu’il perdait connaissance, on le réanimait pour remettre ça. Et ils lui ont injecté des produits qui lui donnaient l’impression de devenir fou… On ne sait pas de quoi il s’est agi…

C’étaient des personnes avec des blouses blanches. C’étaient des médecins ou des infirmiers, qui savaient bien comment trouver les veines pour faire les injections…

Pulling from both sides, and hitting the legs and the private parts with a whip. Hanging for hours, also hitting on the soles of the feet and the behind.
   With a tap or cleaning cloth, pouring water into the nostrils and the mouth to drown. Spending hours in this position, and hitting the legs and the behind with a whip

On l’a violé avec des bouteilles en verre… On lui a placé des pinces en métal sur les parties intimes, pour lui envoyer des décharges électriques…

On l’a aussi brûlé avec des cigarettes.

L’électricité, aussi, aux oreilles : ils ont placé les pinces sur les lobes des oreilles. On le frappait tellement au niveau du visage qu’il a perdu l’audition d’une oreille ; elle a dégagé beaucoup de pus, pendant assez longtemps, et il n’entend plus de cette oreille-là.

Clockwise from top left: At the corner of a wall, pulling with ropes to open the legs. Shows a person being hung from the ceiling and submerged in water. No comment. (top right) Battery Until loss of consciousness. (Below, middle) Battery.

On lui a cassé du verre dans la bouche. Il a perdu cinq dents, qui se sont déchaussées et sont tombées par la suite…

On l’a menacé de mort, en lui posant une arme sur la tempe. On l’a aussi menacé d’amener sa petite fille et de la violer devant lui… Voilà, c’est…

Voilà…